jeudi 13 juin 2013


J’étais descendu à l’hôtel de la Boule d’Or à Méreuil, dont la propriétaire, madame Carré, m’avait connu jeune homme, lorsqu’elle était une petite fille. Loger à l’hôtel dans sa ville natale, c’est bien naturel; tout a changé et l’on est devenu un étranger; pourtant j’ai reconnu la lumière sur les noyers et les prairies.
Vivre à Madère, Jacques Chardonne.


Mais cette nuit le rapport s'est inversé, et l'exil est ici, le centre là-bas.
Les Nuits de La Pleine Lune, Eric Rohmer.


Il y a les façades criardes ou délavées, les filles un peu vulgaires au bronzage uniforme, les garçons avachis à la terrasses des cafés, sûrs d'être où il faut bien comme il faut. Ça a toujours été là mais les habitudes adoucissent le réel, le fragmentent, et je suis partie pendant des mois : j'ai eu le temps de les perdre. 
Le banc des concierges est à sa place sauf que je n'aie plus rien à y faire. Je l'aperçois à peine quand je passe devant le lycée en frôlant des gens qui ne sont ni Ramatou ni Francescu, que je ne connais pas, à qui je n'ai rien à dire. 
L'impression de voir un film que j'aime dont tous les plans auraient changé d'échelle: ce que j'aimais est encore là, je découvre simplement ce qu'il y avait autour, ce qui était hors-champs. Je savais que ça existait comme on sait que la terre tourne, je pouvais le pressentir aussi parfois mais je n'éprouvais jamais l'envie d'y regarder de plus près. 
Mon séjour est à présent sans but, il en restait un (parler à Monsieur C., d'une certaine façon le désacraliser) mais j'y ai renoncé, alors il n'y a plus de hiérarchie du tout et ces détails qui étaient mon centre de gravité il y a un an sont noyés dans le reste, ce qui était à la même époque sans importance, périphérique. C'est le contre-coup du départ enfin parachevé, j'ai envie de rentrer à Paris. 
Mes livres, mon intégral de Rohmer, ma caissière préférée, ces choses autour desquelles se façonnent nos vies, tourne notre quotidien et qui nous deviennent charmantes parce que si souvent observées ou répétées, ces choses là sont à Paris et elles me manquent. Je parle d'un Paris en plan serré, limité aux endroits que je fréquente, à mon petit périmètre, qui n'est donc pas le Paris en général où j'étais sans repère au mois de Septembre 2012 ni le Paris en vrai comme aujourd'hui j'ai l'impression de voir Bastia en vrai. Voilà pourquoi je pars le 20. 

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