Qu'était-il advenu de ces amitiés ? La mort était passée, mais aussi la paix. Deux ou trois hommes avec qui il avait cru tout mettre en commun, n'avaient plus de lien apparent avec lui qu'une lettre de loin en loin ou une rencontre embarrassée. Le sentiment qui les avait unis se voyait impuissant devant la médiocrité des conditions que la paix telle qu'elle était comprise en France leur faisait, et ce sentiment se repliait, pudique. Ne restait-il donc rien de ces amitiés ? Il leur restait le rayonnement qui était passé dans l'éternel."
Gilles, Pierre Drieu la Rochelle.
(suite de l'extrait sur mon tumblr (oui parce que maintenant que j'ai du temps libre et de nouveau envie de garder une trace des livres que je lis, films que je vois, musiques que j'écoute, bref de tenir une sorte de journal de bord culturel, j'ai repris un tumblr) plus précisément ici, je te conseille d'y aller plus que de lire ce blog parce qu'autant ce que je dis n'est jamais super intéressant autant je sais mes goûts quasi infaillibles, et je progresse même encore beaucoup, mon instinct, ma sensibilité s'affine. Toute modestie mise à part.)
L'amitié dans l'idée c'est un peu ça, on met des années à construire quelque chose qui y ressemble, on se persuade que ça durera toute la vie précisément parce qu'on s'est éreinté à accepter l'autre sous toutes ses facettes, on se dit qu'à partir de maintenant plus jamais il ne pourra nous décevoir et pourtant si, un jour, ça arrive. On en est malade un temps, on est désoeuvré devant la vitesse à laquelle les choses vont puis on s'y fait et on oublie, partiellement du moins, car il ne reste que les beaux moments. On est alors très heureux mais on ne nous y reprendra pas deux fois et il sera beaucoup plus dur de s'attacher au prochain, si prochain il y a.
La seule et unique fois où je me suis disputée avec Laura j'étais tellement petite que j'aurais du mal à dire quel âge j'avais. Peut-être cinq ans mais sûrement un peu moins. Bref, nous nous étions donc disputées pour X raison, elle était partie de chez moi, en colère, sa soeur Marie l'avait suivie. Une demie heure plus tard je voyais Marie revenir en courant, en pleurant, pour m'annoncer que Laura était bloquée au Pughjale, en crise parce qu'une chenille lui était montée dessus. Ni une ni deux, moi aussi en larme, je suis partie à sa rescousse. Cette histoire est pour moi la définition même de l'amitié.
D'ailleurs j'ai tendance à mesurer mon amitié en fonction de ma capacité à pleurer à cause ou pour la personne en question. C'est comme ça que je peux dire avec certitude que la dernière véritable amie que je me suis faite n'est autre que Ramatou.
Le copinage c'est beaucoup plus simple. Vous n'attendez rien de l'autre, l'autre n'attend rien de vous, si un jour une chenille vous menace le copain/la copine ne viendra certes pas vous secourir mais enfin vous étiez prévenu, c'était dans le contrat dès le départ. On se rapproche soudainement parce qu'on se découvre un point commun, plus ou moins ténu et éphémère ; ça ne durera pas de toutes façons alors on prend ce qu'il y a a prendre, voilà tout.
Il y a des jours où je m'en veux d'accepter, voire d'approuver des choses aussi peu exigeantes que le copinage (mais où est passée ta putain d'intransigeance ? qu'est-ce que tu fous là, c'est d'une bassesse effroyable), d'autres où je m'en félicite (bravo Paola, décidément, tu sais vivre en fonction des principes de réalité les plus élémentaires, félicitations !) pour toujours finir par y trouver mon compte, sans perdre de vue que ça n'est pas ce que je peux (idéalement) me souhaiter de mieux.