mercredi 8 mai 2013

Il n’était pas beau, mais la tristesse et la quarante-cinquième année lui donnaient un prestige considérable. - Les enfants tristes, Roger Nimier. 

Cependant, cacher totalement une passion (ou même simplement son excès) est inconcevable : non parce que le sujet humain est trop faible, mais parce que la passion est, d'essence, faite pour être vue : il faut que cacher se voie : sachez que je suis entrain de vous cacher quelque chose, tel est le paradoxe actif que je dois résoudre : il faut en même temps que ça se sache et que ça ne se sache pas : que l'on sache que je ne veux pas le montrer : voilà le message que j'adresse à l'autre. Larvatus prodeo : je m'avance en montrant mon masque du doigt : je mets un masque sur ma passion, mais d'un doigt discret  (et retors) je désigne ce masque. - Fragments d'un discours amoureux, Roland Barthes. 




L'an dernier Monsieur C. nous disait que rien n'est plus chiant que quelqu'un qui vous raconte un rêve, rêve dont vous vous fichez et que vous ne comprenez peut-être même pas mais qu'il faut se coltiner malgré tout, couper votre interlocuteur revenant à avouer trop brutalement votre désintérêt pour sa personne. J'ai oublié ses mots et je suspecte cette retranscription d'être en partie infidèle, mais l'esprit de sa phrase reste intact. 
En revanche, je me souviens très bien lui avoir répondu qu'on racontait toujours ses rêves dans l'optique de faire comprendre quelque chose sur nous qu'on serait incapable d'avouer sans précaution. Je ne suis pas allée au bout de ma pensée ce jour là mais je voulais dire que c'est le caractère détourné de la confession qui accentue ce sentiment de guet-apens dont il nous parlait : nous n'avons pas tellement de mal à comprendre ledit rêve, on perçoit au contraire trop bien ce qu'il laisse (mine de rien) paraître. Un peu à la manière d'un mauvais film dont on dirait que les intentions du réalisateur sont trop manifestes. En l'occurrence on sent parfaitement le message derrière le récit sans toutefois pouvoir y répondre clairement : cela serait comme pointer du doigt le manque de subtilité de l'autre et nous risquerions de le vexer. On est donc littéralement pris au piège par cet aveu qui ne s'assume pas. 
Si je repense à cet échange c'est que j'ai très envie de retourner donner de mes nouvelles à Monsieur C. et en même temps trop peur de lui infliger un déballage maladroit, ayant encore moins d'intérêt qu'un rêve. Alors je l'imagine dire à ses futurs élèves "rien de plus chiant qu'une ancienne terminale qui revient vous raconter sa première année ratée dans le supérieur" et j'attends désespérément que cette envie me passe. 

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