dimanche 6 juillet 2014

Un jour ma mère a demandé à mon père de se raser la moustache, il a répondu d'accord mais alors on se marie et on fait un enfant. Ma mère a dit ok. Plutôt avoir un enfant que sortir avec un moustachu. Ça j'invente mais ça m'a l'air plutôt réaliste, je la vois bien se dire ça.
Je crois qu'elle n'a jamais trouvé mon père assez cool pour elle. En même temps elle n'a jamais su qui il était, elle n'a jamais pris la mesure de l'immense fossé le séparant de tous les hommes qu'elle avait ou pourrait rencontrer dans sa vie. Elle a confondu son amour avec de la faiblesse, sa sagesse avec de la lâcheté et sa discrétion avec un manque de personnalité ou d'audace.
Je vois parfaitement quel genre d'hommes l'impressionnent en revanche : profondément idiots, vantards, qui a cinquante ans sortent aussi souvent qu'à vingt et dans les mêmes lieux que ceux moitié moins âgés qu'eux.  
Je sais aussi qu'ils ne valent pas un tiers du quart de ce qu'est mon père, ni moralement, ni intellectuellement, mais ça ne me suffit pas. Je voudrais qu'elle comprenne que l'homme qu'elle a un jour eu la chance d'épouser est à la fois loin de ce qu'elle croyait et bien au-delà de ce vers quoi la médiocrité de ses goûts la pousse inexorablement. Je voudrais qu'elle regrette de l'avoir quitté, qu'elle s'en morde enfin les doigts, d'abord ce ne serait que justice et surtout parce que je déteste voir les perdants se prendre pour des vainqueurs. Quelque part l'idée que cet énorme malentendu sur l'issue du divorce de mes parents est à l'origine de beaucoup de mes disputes avec ma mère, du rejet radical qu'elle m'a si longtemps inspiré. 

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Une fois Victoria m'avait dit qu'elle n'aurait pas aimé avoir un père comme le mien parce qu'elle se serait quoiqu'elle fasse toujours sentie indigne d'être sa fille. C'était il y a longtemps, j'étais peut-être encore au collège mais ça m'avait tellement troublée que j'y repense encore souvent. Je me souviens lui avoir répondu qu'elle n'avait pas tout à fait tort.


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En rentrant chez mes parents, en l'occurrence chez ma mère, quelque chose en moi se relâche si fort que c'en devient presque douloureux. Tandis que je reprends ici ma place d'enfant (d'ailleurs je sais que c'est une blague et qu'elle ne durera pas mais cela ne m'empêche jamais de faire comme si c'était vrai) cette tension propre à la vie autonome des étudiants, à nos petits tracas d'intendance, tout ça s'évanouit dans un confort mou, cotonneux. Cet appartement est comme un immense nuage sur lequel je roulerais du salon à la chambre, de la chambre à la véranda, de la véranda à la salle de bain, en m'enfonçant toujours plus profondément dans ce luxe paresseux.


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Marre de voir des vielles de cinquante ans et plus habillées comme des putes des bois.


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Gros mystère autour de l'expression "manquer de réalisme" en matière de foot, telle équipe a manqué de réalisme.  Qu'est-ce que ça veut dire ? Des fois j'ai l'impression que les commentateurs l'emploient pour dire "manquer d'efficacité" mais d'autres c'est beaucoup moins évident. Si quelqu'un en sait plus qu'il me le dise. 

3 commentaires:

  1. Xavier7/06/2014

    J'en ai également assez de voir des filles de vingt-ans et plus s'habiller "comme des putes des bois". Ce mépris pour l'élégance est une chose assez curieuse. Je rêve de rencontrer un jour une fille ainsi vêtue : http://p1.storage.canalblog.com/12/42/936137/73616492.jpg
    L’absence de cette élégante fraîcheur féminine, douce et reposante, manque désormais cruellement dans nos rues.

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    1. Ce mal ne touche pas que les vieilles c'est vrai.
      "mépris pour l'élégance" c'est exactement ça, je suis sûre que si une fille sortait aujourd'hui habillée comme celle sur la photo les gens la regarderaient de travers.

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  2. Xavier7/07/2014

    Il n'y a rien de pire, à mon sens, qu'une vulgarité assumée et revendiquée. On ne peut lutter que difficilement face à une décadence défendue par une large majorité. L'élégance, qui peut cependant elle aussi tomber facilement dans la vanité et l'ostentation, devient alors une arme redoutable. Il est très difficile de rester beau et fier lorsque partout l'on prône le laid et le négligé.
    Je ne comprendrais jamais qu'une belle femme puisse s'avilir avec un vêtement vulgaire et provocant.

    « La couleur d’un credo, d’une cravate, des yeux, des pensées, des manières, des propos, est assurée de rencontrer quelque part dans le temps ou dans l’espace l’hostilité fatale d’une populace qui hait cette teinte particulière. Et plus l’individu est brillant, plus il est près du bûcher. Etranger rime toujours avec danger. Le doux prophète, l’enchanteur dans sa grotte, l’artiste révolté, l’écolier différent des autres, tous partagent le même péril sacré. » - Nabokov

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