Avec Vanina on s'est toujours disputées, puis réconciliées, puis re-disputées etc., c'était une amitié passionnelles comme seules peuvent l'être celles des enfants, jusqu'au jour où nos chemins ont véritablement divergé et depuis la cinquième on se fréquente plus. Pourtant on est du même village, on habite en face l'une de l'autre à bastia, on a été dans le même collège puis dans le même lycée, mais enfin chacun avait ses amis, ses centres d'intérêts, on se disait bonjour comme ça, on se parlait de temps en temps, vite fait. Mais en septembre prochain elle monte vivre à Paris et je sais que nous nous reverrons, qu'elle entrera dans ce cercle qui était le notre cette année, nos différences auront disparues. Cela me donne l'impression que ma vie tourne littéralement en rond. Ce n'est pas vraiment désagréable : au fond, la retrouver elle c'est retrouver un peu de mon enfance, de notre enfance commune. Elle se souvient sûrement de cette femme que nous avions appeler PV et qui faisait une drôle de gymnastique dans la piscine, et du jour où en descendant de la cabane on avait croisé ce chien immense qui nous avait fait tellement peur et des batailles d'eaux, des Gestapos, de l'histoire du chewing-gum, des gamelles, de cette dispute où l'on ne s'était plus parlées pendant 4mois entiers, record absolu, alors qu'on était dans la même classe et au même endroit pendant les vacances, que sont devenus célia, jean-baptiste, ambre qu'elle détestait tant, ou nathalie, et comment s'appelait ce type qui me faisait tellement rire au cm2, jean-pascal ? jean-pierre ? pierre-jean ? le nombre de discussion possible est infini, et peut-être que nous les aurons, mais peut-être aussi qu'on se contentera de vivre nos vingt-ans sans ressasser inlassablement les mêmes anecdotes, peut-être qu'on se dira juste où on sort ce soir ? qu'est-ce que tu fais demain ? et nous partagerons de nouveau une grande complicité, immédiate, évidente, parce que nous avons ces souvenirs là, ce passé là.
Il y a quelque chose avec les autres du villages, même si certains me fatiguent je ne peux que les aimer ; on ne partage que ce lieu, pourtant cela suffit à susciter en moi une grande bienveillance à leur égard. Un jour Élodie en me montrant un cailloux m'a dit "ça c'est moi" et je comprenais bien ce qu'elle voulait dire, chaque pierre, chaque rue, chaque arbre, au village, c'est moi, c'est elle, c'est nous et c'est ce qui fait qu'on continue d'y monter tous les étés, plus ou moins longtemps, et qu'on y sera toujours chez soi, pétri du sentiment d'appartenance à une communauté, à une famille élargie pour laquelle on éprouve cette affection sans condition rationnelle, indépendante des qualités réelles des uns et des autres.

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