5. Every sensible child will know what this means
Finalement les gens cultivés ne m'intéressent pas tellement plus que les autres. Ça se joue ailleurs. Je me rends compte de ça maintenant parce que dans ma classe tout le monde lit, aime lire, regarder des films, connaître des dialogues et des passages de bouquin entier par coeur et ça me laisse totalement indifférente. J'ai envie de parler d'autre chose, de Nadège qui gagne Secret Story ou du SCB, mais pas d'entendre des gens qui ont un peu trop bu déclarer à l'unisson du Baudelaire ou du Hugo. C'est ni beau ni rien du tout, comme souvent tout ce qui se fait en groupe, à deux c'est déjà autre chose. Mais là, je n'avais pas envie de participer à ce genre de cuistrerie un peu trop alcoolisée et bruyante. Ça sonne comme une fausse communion littéraire, un truc un peu forcé, pas vraiment naturel - sûrement parce qu'à titre personnel, quand je suis saoule, je titube et je dis n'importe quoi.
À part ce genre de réticences un peu superficielles et qui s'estomperont j'imagine dans le courant de l'année, l'hypokhâgne ça va.
« Peut-être les méditatifs de pensée riche et ciselée, munis de dédain transcendant et de quelque aisance, seront-ils les seuls à s’ensevelir dans un repos de mort, où se dissimulent de subtiles jouissances mentales ; le commun des hommes, prisonniers de leurs habitudes, entraînés par leur sottise, par la folle vanité de vouloir jouir quand même, traite l’épuisement et l’ennui par un appel furieux aux excitations redoublées et aux intoxications de toutes sortes ; c’est le recours à l’alcool, aux vins à pleins verres, au tabac, à la morphine, à l’éther, à tous les poisons de l’intelligence et de la volonté. Le système nerveux chavire un instant dans l’ivresse, y noie la sensation d’aridité et d’impuissance, qui faisait sa torture ; l’instant est court ; au ‘’tout rose’’, - artificiel, succède le ‘’tout en noir’’, - réel. Oh ! voilà bien une expérience vieille comme le monde ; elle n’instruit, ne corrige personne, par ce que le fond des âmes, c’est le désespoir, et que rien ne prévaut, à certaines heures, contre sa souveraineté : du moins, sachons où nous mène ces effroyables remèdes. A cet ennui intolérable, sourd aux exhortations de la sagesse, on oppose encore ces émotions homicides : le jeu, aux secousses foudroyantes ; les gageures insensées, où l’on jongle avec le suicide [...] Puis viennent les ébats dans la débauche, mortelle à l’amour ; l’appel criminel aux perversités du désir, aux scélératesses morales : le tout relevé de sadisme morbide et de cynisme inutile. »
RépondreSupprimerEmile Tardieu.
A méditer...
Mais zut, après tout ! Tant pis pour vous si vous trouvez vos joies les plus fortes (qui ne sont pas des joies) dans les surprises-parties, ou les grosses plaisanteries, ou les thés chez Basile, ou le pelotage. Tant pis.
RépondreSupprimerIl y a quelques êtres qui méprisent tout ça et mettent plus haut leurs joies, leur orgueil, leur volonté ; ce sont les meilleurs : qu'ils gagnent !
Jean-René Huguenin, journal.
Je ne sais pas si tu l'as lu mais beaucoup de passages, pour ne pas dire l'intégralité de son journal, font écho aux extraits que tu me suggères ou aux propos que tu tiens.
Je ne connaissais pas cet écrivain mais ces quelques lignes sont intéressantes. Je te remercie de les avoir retranscrites ici.
RépondreSupprimerIl est frappant de constater que la recherche de jouissances raffinées, solitaires, centrées sur l'étude et la contemplation demeurent aujourd'hui largement méconnues et dénigrées. La grande majorité ne recherchent qu'un plaisir instantané et directement consommable. Il serait préférable à mon sens, de comprendre que la solitude et le désespoir ne sont que les évidences et le fond de toute vie humaine. Mener une lutte contre ces maux, c'est frapper le vide sans même le comprendre. Imaginons simplement un monde sans drogues, sans sexe et sans "divertissements". La vie deviendrait rapidement insupportable pour une majorité. Les courts instants d'extases et de détachement sont rares et précieux. La musique, la grande, par sa diversité de sentiments exprimées, ses émotions, déclenche bien souvent ces instants magiques. On pénètre alors dans une sorte d'objectivité ravissante.
Le recours aux drogues est le témoignage d'une souffrance non assumée. Une fuite rapide puis le retour à la dure réalité.
« L’ennui moderne, disons nous, est à fond de désespoir : sourde ou aiguë la douleur est constante et elle appelle des soulagements ; de là le succès de ces poisons séduisants, moitiés excitants, moitié narcotiques, dont le plus répandu est l’alcool. – Connaître qu’on travaille à la destruction de soi, qu’on va à la mort prématurée, du jour ou on l’on demande à l’alcool de délicieux vertiges, et préférer à la vie devenue odieuse cet empoisonnement assuré, n’est-ce pas un signe de désespoir et d’ennui ? » - Emile Tardieu (L'Ennui)
http://www.youtube.com/watch?v=6YD_8E4ZVxY